Issue 005 Digest with no Graphics.
Issue 005 April 1997: Painting in Arabic
By Sami Khoury
(lire "Les Icônes" de Maria Donadeo, Médiaspaul et Editions Paulines) Par Sami Khourie.
On dit que les icônes sont des "fenêtres sur l'éternité". A ce titre elles ont vocation d'orienter notre regard vers l'au-delà, de nous faire voir "ce que l'oeil n'a pas vu, l'oreille n'a pas entendu, ce qui n'est pas monté au coeur de l'homme". (1 Cor 2:9, voir aussi Es.64:3) Selon la définition si judicieusement énoncée par le pape Paul VI, le 7 mai 1964, l'iconographie c'est l'art de "transvaser le monde invisible dans des formules accessibles et intelligentes". Ajoutons à cela qu'elle est aussi la présentation des dogmes sous une forme visible. Les origines
Sans prétendre préciser à quelle date de l'histoire remonte la première icône, il reste cependant utile de souligner que l'icône - dans la perception et la tradition de l'Eglise byzantine - transmet de génération en génération, selon des canons stricts, l'image d'un prototype, la figure terrestre de Celui qui "est l'image du Dieu invisible" (Col 1:15) afin que "nous tous, contemplant à visage dévoilé la gloire du Seigneur, nous soyons transfigurés en cette même image". (2 Cor 3:18) Rappelons encore à ce sujet ce que Saint Jean Damascène a écrit dans son "Premier Traité pour la défense des saintes icônes": "Quand tu verras Celui qui n'a pas de corps devenir homme à cause de toi, alors tu pourras représenter son aspect humain. Puisque l'Invisible est devenu visible en prenant chair, tu peux exécuter l'image de Celui qu'on a vu". On peut ainsi dire que - dans le sens le plus large du terme -le visage du Christ devenu homme est la première icône. L'Incarnation est donc l'origine de l'iconographie. Le prototype dont l'icône transmet l'image est donc le visage du Christ. Vient ensuite l'image "achéropoiète" qui veut dire non faite de main d'homme, connue sous le nom de " Mandylion", relique très vénérée plus tard à Constantinople. (Des études très sérieuses sont actuellement en cours pour prouver que le Suaire de Turin est l'authentique Mandylion.) D'un autre côté, une tradition qui remonte très loin affirme que Saint Luc l'évangéliste est l'auteur d'au moins trois icônes bien connues. Admis dans l'intimité de la Vierge Marie, il aurait peint la "Hodighitria" (La Voie) qui représente la Vierge avec l'Enfant Jésus assis sur son bras gauche et de l'autre Elle le désigne comme étant la "Voie". Une autre icône de la Vierge de la Tendresse qui représente les visages de la Mère et de son Enfant affectueusement collés l'un contre l'autre. Une troisième, l'icône de l'Intercession. Après Arius et son hérésie qui a fortement ébranlé la jeune Eglise encore à ses débuts, il fut décidé que chaque icône, pour être authentique, doit porter un nom pour l'identifier par rapport au prototype divin. Ainsi, l'icône du Seigneur porte les lettres: IC, XC ( Iyssous Christos ). L'inscription est faite dans une langue liturgique byzatine: grec, slave, arabe, etc. Si nous savons qu'Arius a vécu vers 256-336, on peut affirmer que les icônes telles que nous les connaissons actuellement datent au moins de cette époque. Mais les empereurs byzantins iconoclastes au VIIIe et au IXe siècle ont saccagé et brûlé un nombre incalculable d'icôns détruisant par le fait même les plus vieilles.
Il faut de l'expérience et du talent pour préparer le bois et réaliser l'oeuvre. D'une épaisseur de 1.5 à 2cm, le bois doit être bien sec et résistant. Cette planche est enduite de colle forte liquide qui pénètre le bois; on fixe dessus une toile fine et propre. Avec un mélange de colle et de poudre de pierre blanche, on enduit la plaque à plusieurs reprises. A chaque fois on laisse bien sécher. On polit patiemment au papier de sable pour obtenir une surface bien lisse et dure. On dessine dessus l'image qu'on a conçue à l'aide de modèles anciens et de lectures appropriées. Les détails sont laissés à l'inspiration personnelle. Puis vient la dorure, un procédé long et patient qui exige beaucoup de talent et d'expérience. La dorure c'est la lumière divine. Les nimbes des icônes ne sont pas de simples auréoles comme sur les images occidentales. C'est la lumière divine dans laquelle baigne la représentation. Après la dorure on procède à "l'ouverture" de l'icône. Le dessin est recouvert de jaune d'oeuf, puis de teintes uniformes laissant à plus tard le visage, les mains et les pieds. On mélange la poudre colorante avec de l'eau, du jaune d'oeuf et du vinaigre. La peinture est étendue en couches minces et uniformes. Les matériaux utilisés sont pris dans la nature : bois, eau, argile, oeuf, terre de couleur. Eléments simples pour louer le Seigneur. Couche après couche, le peintre joue avec les tons d'une seule ou de deux couleurs, allant du foncé au clair lumineux, ou d'une couleur froide (bleue, vert,...) éclairée avec une teinte chaude ( rouge, jaune, etc.) La peinture de la chair visible ( visage, mains, pieds ) est le travail le plus important. L'expression du visage ( yeux, sourcils, lèvres ) exige une très grande habileté et beaucoup de talent. Il faut cependant se rappeler qu'il ne s'agit pas de reproduire la nature, mais de la transfigurer par une spiritualité intérieure suivant les canons antiques. Chaque fois on laisse les couleurs sécher pendant quelques mois tout en les préservant de la poussière. Si tous les procédés sont bien respectés, l'icône conservera l'éclat des couleurs pendant des siècles. Il n'existe ni clair-obscur ni ombres pour donner du relief à l'icône, mais on suit la méthode de l'éclaircissement progressif en ajoutant des traits de pinceaux toujours plus clairs en partant d'une base plus sombre.
L'iconographe (Le rituel qui suit est inspiré du "Guide de la peinture" de Denis de Furmai)
Celui qui se sent la vocation de peindre des icônes doit beaucoup prier, étudier l'art pictural, s'exercer seul à dessiner librement, même sans se conformer aux règles traditionnelles (canons). Une fois qu'il aura maîtrisé cet art, le prêtre le bénit et le consacrera iconographe selon le rituel suivant: On commence par la prière "Roi céleste..." adressée au Saint Esprit afin d'inspirer le postulant et de le purifier de toute sensualité, puis on récite le Magnificat de la Mère de Dieu selon l'Evangile de Saint Luc (1:46-55). On conclut par les tropaires de la Transfiguration "Métémorphothis endo ori..." et "Epi tou orous métémorphotis...". Ensuite le prêtre fera le signe de la croix sur la tête du futur iconographe en priant: "Seigneur Jésus-Christ notre Dieu, qui existe d'une manière indescriptible dans la nature divine, illumine l'âme, le coeur et l'intelligence de ton serviteur et dirige ses mains pour peindre l'image de... (le nom de l'image à peindre), par l'intercession de ta Mère Immaculée, du saint apôtre et évangiliste Luc et de tous Tes saints, Amen." L'iconographe reste désormais en contact avec l'Eglise qui l'orientera dans son travail selon la sainte Tradition. Autrefois, l'iconographe était un moine rompu à la vie spirituelle par la prière, le silence, l'ascèse et la décence des yeux et par l'obéissance. L'artiste, puisqu'on peut l'appeler ainsi, ne cessait de prier et de méditer le sujet de son icône jusqu'à la fin de son travail. Il doit être humble et doux, et observer la chasteté corporelle et spirituelle. Même dans cet état d'âme et dans ces conditions de travail, il n'y a pas deux icônes authentiques qui soient identiques. Chaque artiste laisse son empreinte personnelle. Il serait utile de rappeler ici la prière que doit réciter chaque peintre avant de se mettre au travail: "Toi, Maître divin de tout ce qui existe, éclaire et dirige l'âme, le coeur et l'esprit de ton serviteur; conduis ses mains afin qu'il puisse représenter dignement ton image, celle de ta sainte Mère et celle de tous les saints, pour la gloire, la joie et l'embellissement de ta sainte Eglise." Comment lire une icône
Les couleurs rouge, pourpre, jaune sont le symbole de la divinité. Vert et bleu, tout ce qui est terrestre. Le Christ est représenté avec une tunique pourpre (la divinité intrinsèque) et un manteau bleu (l'humanité qu'il a assumée). La Mère de Dieu: robe bleue (créature humaine) avec manteau pourpre (son extraordinaire proximité du divin). Les yeux sont parfois agrandis avec un regard fixé sur l'au-delà; le front large et haut souligne la pensée contemplative. Les lignes perspectives se rencontrent souvent en un point à l'avant. La perspective est inversée et l'espace peu profond. L'architecture néglige la roportionnalité:portes, fenêtres, dimensions, rien que symboliques. De même, les formes animales et végétales quand elles existent. La ligne de force va de l'intérieur de l'icône vers le spectateur. L'immobilité des figures donne l'impression que toute l'ardeur du fidèle peut se projeter sur l'image selon sa ferveur et sa foi. "L'icône témoigne du monde de l'au-delà; elle ne démontre pas, elle montre." (Serge Boulgakov) Les églises byzantines sont riches en icônes à la grande satisfaction des croyants qui les vénèrent comme étant l'expression authentique de leur prototype. Les croyants présents dans une église pleine d'icônes sont "des hôtes à un banquet où les saints occupent la place d'honneur" (Nicolas Zernov). Toute l'Eglise se trouve alors réunie, l'Eglise visible et l'Eglise invisible. "Si le chant purifie l'ouïe, l'icône purifie la vue." Pour conclure cet aperçu sur les icônes, nous citons cet énoncé du VIIe Concile oecuménique de Nicée (787) ( l'Eglise était encore unie dans ses deux parties d'Orient et d'Occident. C'est le dernier concile oecuménique de l'Eglise unie. Le mot catholique dans le texte signifie universelle, n'ayant aucun rapport avec Eglise orthodoxe et Eglise catholique d'aujourd'hui): "Cet art (l'iconographie) n'a pas été inventé par les artistes. Au contraire, c'est une institution approuvée par l'Eglise catholique. Seul le côté artistique de l'oeuvre appartient à l'artiste, mais son institution dépend d'une manière évidente des saints Pères et leur appartient."
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